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Le piège de l'innovation

L’innovation – le mot sacré, du moins verbalement. Il n’y a guère un discours d’un conseil d’administration ou un prospectus dans lequel ce mot ne fait pas son apparition partout. Pourtant les entreprises risquent toujours de tomber dans le même piège de l’innovation.

 

Le piège du papier glacé
En regardant les brochures imprimées sur papier glacé, l’impression laisse que l’entreprise soit fortement innovante et qu’elle est juste en train de révolutionner le marché. Il suffit de jeter un coup d’œil à l’envers du décor pour constater que leur message a la même substance que celle d’un détergent qui lave encore plus blanc que blanc. Ces messages sont entendus par les collaborateurs et les managers d’une entreprise qui y croient. Par la suite, l’entreprise souffre de zones sombres et se concentre sur les champs d’innovation apportant rapidement le succès. Pourtant, les innovations radicales n’ont pas lieu. Ce sont les concurrents qui s’en occupent.

 

Le piège de l’expérience
Trop souvent le top-management d’une entreprise commet la faute suivante : il juge l’avenir d’après les expériences du passé. Il prétend que les hommes ont toujours lu les journaux, ils ont toujours consulté une agence de voyage et ils ont toujours acheté du prêt-à-porter. Mais peut-on s’imaginer que demain les journaux ne sont plus que du bois mort, que nous nous confions à un assistant automatique pour notre voyage de noce ou que vous souhaitez des habits « personnalisés » ?

 

L’indolence
L’optimisation de processus et de frais, le lean-management sont des slogans bien populaires. Les déroulements de travaux sont scannés systématiquement, les gestes de la main superflues sont interdits et chaque activité est normée par un processus bien défini. Ceci rend un effet positif – les entreprises connaissent opérationnellement leur business sur le bout des doigts. Le revers de la médaille est de ne pas tolérer une sortie des sentiers battus. Les entreprises prospérantes par leurs structures rigides et leurs déroulements fixes ne sont guère capables de bouger hors de ces processus. Eux-mêmes ainsi que leurs collaborateurs sont aussi flexibles que des murs en béton.

 

Le piège de succès
Le succès – un bon sentiment qui nous rend content. Bien d’entreprises récompensent les succès immédiats : l’augmentation des ventes, une grosse affaire, un succès dans l’acquisition de nouveaux clients. Un grand nombre de succès immédiats rend une entreprise prospérante mais pas toujours innovante. La phase d’investissements nécessaires à une innovation n’est pas toujours attirante si on gagne bien sa vie avec les produits déjà existants. Pourtant le succès d’aujourd’hui peut être le problème de demain. La croissance de produits éprouvés ne fonctionne pas éternellement.

 

Le piège du cannibalisme
Si les concurrents vous attaquent, il faut savoir réagir. Mais il est plus grave si une entreprise attaque sa propre part du marché. Leica, par exemple, rechignait de s’ouvrir à la photographie digitale de peur de compromettre le marché des appareils analogues. La conséquence fut que les concurrents profitaient du progrès technique et des changements du marché. C’est alors que la photographie digitale se déroulait sans Leica.

 

Trop de respect envers le modèle d’entreprise existant et l’espoir que personne ne tombera sur la même idée empêchent un cannibalisme sain. Une entreprise qui se cannibalise agit de manière proactive et se forme sur le marché à venir. Elle sera en position de chasseur et non de gibier.

 

Jens-Uwe Meyer, http://www.ideeologen.de)


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